Failles et chimères de Basquiat au Théâtre de la Tempête
©Tristan Jeanne-Valès
Sur un texte de Koffi Kwahulé, Laetitia Guédon met en scène la destinée fugace qui fut celle de Jean-Michel Basquiat, célèbre artiste disparu en 1987.
New York se teinte d’un air de saxophone. Un jeune garçon de Brooklyn fait retentir son cri : il est américain et souhaite que cela se sache. Ce jeune garçon, c’est Jean-Michel Basquiat, américain né aux États-Unis, mais vu avant tout comme un Haïtien, c’est-à-dire un étranger dans son propre pays.
Dans le spectacle, le parcours de ce météore n’a rien d’une biographie didactique. Plutôt que les dates ou faits marquants de sa courte vie, le texte et la dramaturgie évoquent davantage les failles et les chimères du jeune artiste.

Tristan Jeanne-Vales
En effet, nous découvrons un Basquiat marqué par la folie et le combat : le combat pour se faire reconnaître comme un américain, pour sortir de son existence bourgeoise, pour survivre dans la rue, contre lui-même. Cette atmosphère brutale est retranscrite dans les longues mélopées plaintives des acteurs, les cris de Basquiat (« Same Old Shit ! Toujours la même vieille merde »), ou encore la danse presque transcendante de Willy Pierre-Joseph. Tous ces éléments en font un personnage presque koltesien, au crépuscule d’une société qui ne sait plus qu’enfermer les street artists dans des galeries.
Boulimie et combat
Sur scène deux acteurs : Basquiat et son père, superbement interprétés par Yohann Pisiou et Eriq Ebouaney, tandis que Nicolas Baudino habille la scène d’une note de saxo ou de clarinette, confrontant le jazz au hip hop. Le mélange étonnant de ces deux univers nous plonge dans un New York primitif, plus authentique qu’un poème de Senghor ou qu’une variation de Charlie Parker.
La ville devient alors le reflet de l’âme de Basquiat, suave, fragile, en pleine révolte, car la pièce se concentre sur la période d’errance du peintre, avant qu’il n’accède à la notoriété. Bientôt, sa peinture sortira de la rue et entrera dans la prison dorée des galeries new-yorkaises.
SAMO : a tribute to Basquiat est habité par une rage de vivre et un désir brûlant, une poésie du mouvement et de la peinture. La distorsion de la narration rend palpable cette boulimie artistique et cette folie destructrice qui conduira Basquiat au trop plein et à la mort. On ressort essoufflé, comme après un combat de boxe et l’on s’interroge sur ce qui fait naître un artiste : la nécessité ou la passion ?
Clotilde Campagna
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